Vous avez toujours rêvé de devenir portraitiste mais n’avez jamais le temps de vous entrainer au dessin ? Vous êtes en vacances devant un magnifique bâtiment et vous auriez bien aimé pouvoir le dessiner sans vous cassez la tête avec cette perspective complexe ? Vous souhaitez faire un dessin d’observation de ce que vous voyez dans l’œil de votre microscope mais avez du mal à garder les justes proportions ?

Cessez de vous torturer ! Une solution toute faite existe pour vous rendre maître du dessin sans même vous entraîner… La Chambre Claire.

Un peu d’histoire…

La chambre claire est un dispositif optique breveté en 1806 par William Hyde Wollaston, physicien et chimiste britannique. Il étudie notamment l’optique, domaine au sein duquel son invention trouve sa place et permet l’amélioration des microscopes. La chambre claire transporte le dessin de modèles vivants à un tout autre niveau ! Contrairement aux autres méthodes permettant de décalquer ce que l’on voit, la chambre claire est transportable, facile à utiliser et se pratique en plein jour, que ce soit pour dessiner des bâtiments ou des personnes. Equipé de cet outil, vous pouvez désormais dessiner le monde qui vous entoure tel un expert.

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Dès le milieu du 19è siècle on trouve des chambres claires partout !

Eugène Viollet-le-Duc par exemple l’utilisait pour ses projets architecturaux. Son nom vous évoque quelque chose ? On a récemment beaucoup parlé de lui avec l’incendie de Notre-Dame : hé oui, c’est lui qui avait réalisé la flèche de la cathédrale ! La chambre claire est un outil extrêmement pratique pour représenter une perspective : celle-ci peut être reproduite parfaitement sans même avoir besoin de poser des traits de construction.

Jean-Auguste-Dominique Ingres est également un adepte de cet outil, puisqu’il dessine ses portraits à la chambre claire.

Mais vous allez me dire que la chambre claire c’est un truc d’il y a deux siècles et que plus personne ne s’en sert désormais… Pas du tout ! Théodore André Monod par exemple, explorateur et naturaliste, s’en servait pour réaliser ses relevés de terrain. Grand humaniste, Théodore a également écrit de nombreux ouvrages que je vous invite à découvrir.

David Hockney, peintre toujours de ce monde, est un autre exemple actuel : David se trouve être une figure contemporaine importante, utilisatrice de la chambre claire. David s’est d’ailleurs appliqué à trouver qui, parmi les grands peintres de l’histoire, utilisaient la chambre claire. En comparant des oeuvres de multiples époques, il s’est aperçu que soudainement, à une certaine époque, les reflets et les drapés se sont mis à être parfaitement réaliste et les personnages… tous gauchers ! Il en a donc déduit que, si la chambre claire connue aujourd’hui n’existait peut être pas encore, l’utilisation de miroirs ne fait presque pas de doutes. David nous présente d’ailleurs ses analyses dans son livre Savoirs secrets, les techniques perdues des maîtres anciens, aux éditions Seuil (2001), ouvrage très controversé.

La chambre claire est un outil en constante amélioration. NeoLucida est par exemple la première chambre claire portative du 21è siècle. Je vous mets un lien vers le site ici.

Dessins architecturaux réalisés par E. Viollet-le-Duc. 19è siècle :

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Portraits réalisés par J.A.D. Ingres. 19è siècle :

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David Hockney :

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Le principe

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Voici le schéma d’une chambre claire, réalisé par William Hyde Wollaston lui-même. Difficile à comprendre ? Essayons d’y voir plus clair. Un prisme ABCD représenté en gris renvoie l’image après une double réflexion de l’objet étudié (en S), permettant d’observer une image non inversée. Ce dispositif a cependant le désavantage d’absorber beaucoup de lumière, rendant l’objet peu visible.

Les trajets optiques (c’est à dire le chemin que parcours la lumière d’un point à un autre) sont différents entre l’œil et le papier (EP) et entre l’œil et l’objet (ES). Cette différence force l’œil à accommoder en permanence, ce qui est très fatiguant. Pour y remédier, deux lentilles L et L’ permettent d’égaliser les trajets optiques.

Il existe de nombreuses versions de la chambre claire. La plus basique consiste en une vitre, inclinée de 45° par rapport à l’horizontale. Lorsque vous placez votre œil au dessus de la vitre, vous voyez à la fois votre stylo et votre papier par dessous, et à la fois le paysage environnant se reflétant sur la vitre.

Plusieurs améliorations peuvent être apportées, par exemple l’utilisation de vitres étamées, de prismes, de plusieurs miroirs ou de lentilles. Par exemple, sur ce schéma ne sont représentés qu’un miroir et une vitre. Il s’agit de la chambre claire de chez NeoLucida.

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Mon expérience de la chambre claire adaptée à la loupe binoculaire

J’ai eu la chance ce mois-ci de participer à une formation d’une semaine, intitulée Dessin Scientifique proposée par le Museum National d’Histoire Naturelle à Paris. Je vous détaillerez cette formation dans un prochain article, mais ici je vais essayer de me concentrer sur la demie-journée pendant laquelle nous avons utilisé la chambre claire.

Il s’agissait d’une chambre claire particulière puisqu’adaptée à l’observation d’objets sous la loupe binoculaire, un outil communément utilisé dans les laboratoires.

La chambre claire adaptée à la loupe binoculaire ou au microscope se présente sous la forme d’un bras relié au dispositif d’observation et allant surplomber la feuille sur laquelle nous nous apprêtons à dessiner.

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Maintenant que nous avons équipé notre loupe binoculaire ou notre microscope d’une chambre claire, observons-y un objet en collant nos yeux sur les oculaires. Ce que nous voyons alors est surprenant ! Un de nos yeux voit l’objet grossi, comme attendu, mais l’autre voit non seulement cet objet mais en plus notre main, stylo en main, posée sur notre feuille, prête à passer à l’action. Et l’image de notre main et de notre feuille se superpose à l’objet que nous observons… Il ne reste plus qu’à décalquer ! Ci-contre une photo que j’ai prise pendant cette formation, où je vous montre ce que mon œil droit voit dans l’objectif de la loupe binoculaire : l’objet observé (ici, un crâne de chauve-souris) et ma main tenant un crayon sur une feuille blanche.

Ci-dessous, le même crâne de chauve-souris, lorsque placé en-dehors de la loupe binoculaire :

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La première chose que je me suis dis lorsqu’on m’a présenté l’outil c’est : « Ah mais super, même plus besoin de faire un brouillon, on passe directement à l’encre ! ». Que nenni ! Même si l’on décalque, l’image de notre dessin n’apparaît pas aussi précisément que si l’on avait les deux yeux rivés dessus. En particulier, distinguer l’objet du dessin n’est pas chose aisée. Pour réaliser un dessin d’observation scientifique avec une chambre claire, voici donc les étapes à suivre :

1/ Placez l’objet sous le microscope ou la chambre claire. Choisissez l’angle de vue, et ajustez l’éclairage pour voir le plus de détails possible. Par convention, sachez qu’un dessin scientifique doit être représenté avec une source de lumière émanant du coin supérieur gauche de l’espace.

2/ Placez la feuille sur laquelle vous allez dessiner de façon à ce que l’objet soit centré et ne déborde pas de la feuille. Pour ce faire, aidez-vous de l’image superposée que vous observez grâce à la chambre claire. Une fois satisfait, scotchez la feuille à la table pour qu’elle ne bouge plus !

3/ Avec un crayon H ou HB, commencez par dessiner les contours de votre objet. Appliquez-vous à réaliser des traits nets, légers, précis (ne reprenez pas plusieurs fois le même trait, sinon vous perdrez en précision : utilisez la gomme et recommencez plutôt !).

4/ Attaquez-vous maintenant aux détails en dessinant ce que vous observez à l’intérieur de l’objet.

5/ Remplissez au crayon les zones d’ombres et les creux, afin que vous puissiez retrouver le volume de votre objet. Pensez à sortir de nez de votre loupe ou de votre microscope de tant à autre pour considérer votre dessin et voir par vous-même les éléments qu’il vous manquent.

6/ La partie décalquage est finie ! Passons à l’encre. Récupérez votre travail, prenez une feuille de papier calque et positionnez-là de façon à ce que le dessin final (qui sera sur le papier calque) soit placer à un endroit harmonieux dans votre page. Scotchez votre papier calque à votre feuille sur un côté seulement, de manière à pouvoir, de temps à autre, y glisser une feuille blanche vous permettant alors de regarder comment avance votre travail à l’encre. Ne scotchez pas votre travail à la table, car vous ne pourrez plus faire pivoter votre feuille et cela risque de vous embêter pour dessiner.

7/ Commencez par les contours. Prenez un stylo de type Micron ou Unipin par exemple, taille 0.2 mm.

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8/ Maintenant, essayez-vous donc à la technique des petits points ! Cette technique vous permettra de créer les volumes les plus proches de la réalité. Par exemple, sans petits points, simplement au trait, si j’avais voulu représenter l’arrête située sur le haut du crâne de ma chauve-souris, j’aurais simplement dessiné un trait noir, tout du long. Or, il n’y a pas de trait noir sur ce crâne n’est-ce pas. Avec la technique des petits points, j’ai pu recréer ce volume dans dessiner de traits : le sommet de l’arrête est dépourvu de point, tandis que les flancs en possèdent, plus ou moins rapprochés selon la pente et l’éclairage. Pour cette étape, utilisez un stylo 0.05 mm. Aidez-vous également d’ouvrage présentant des dessins au point, même si les objets diffèrent du votre : ils vous permettront de comprendre et d’apprendre comment positionner les points pour créer des volumes avec efficacité.

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Après vous avoir parlé des vertus de la chambre claire, je me permets un petit conseil : n’abusez pas de l’utilisation de la chambre claire au risque de développer une cataracte précoce. Pas d’inquiétude cependant, laissez-vous simplement du temps pour laisser votre oeil se reposer en observant le lointain.

Maintenant, à vous de jouer ! Ou plutôt, de dessiner…

Envie de créer votre propre chambre claire ? Je vous recommande de visionner ce tuto :

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Références :

https://graphism.fr/une-chambre-claire-lheure-des-google-glass-dinstagram/

https://neolucida.com/

– Formation Dessin Scientifique, conférence par Didier Geffard-Kuriyama

Livres:

Savoirs secrets ; les techniques perdues des maîtres anciens, David Hockney, 2001.

Crédits photographies :

http://www.ums2700.mnhn.fr/icono/ressources

https://www.entomo-silex.com/loupes-binoculaires/279-loupe-binoculaire-20x-40x-novex-ap-8.html

https://www.meubliz.com/definition/chambre_claire/

– Photographies personnelles.

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