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Science des sols et dessins scientifiques

Dernière mise à jour : 5 févr.

La tourbe : un sol archiviste


Commençons ce billet par un peu de science des sols… Parlons bien, parlons tourbe !


Sphaignes (Photo: jardinage.lemonde.fr)

La tourbe est un matériau des sols constitué de débris végétaux à décomposition très lente, qui a lieu dans des sols pauvres en oxygène et saturés en eau. On trouve de la tourbe dans des écosystèmes de type tourbière. La tourbe se développe en épaisseur : des plantes particulières y poussent, les sphaignes, dont la partie inférieure meurt, créant une substance sur laquelle vont se développer les nouvelles pousses. Un sol qui se développe à la verticale donc.


Rétention d'eau par les sphaignes (Photo: reserve-regionale-tourbiere-des-saisies.com)

Ces plantes ont une extraordinaire capacité de rétention d’eau : 1 kg de sphaignes peut absorber plus de 70L d’eau (or 1L d’eau pesant 1kg, cela signifie que la sphaigne peut absorber 70 fois sa propre masse. A titre de comparaison, une éponge absorbe environ 12 fois sa masse sèche). Les tourbes sont des milieux pauvres en minéraux. Les plantes qui y vivent cherchent donc d’autres sources de nutriments, qu’elles trouvent généralement chez les insectes : nombre de plantes des tourbières sont des plantes carnivores.


Plantes carnivores (Photo: Le Monde)

« Cueilleurs » de tourbe à Westhay, dans le Somerset en 1905 (Photo: Wikipédia)

L’humain a trouvé un intérêt économique à la tourbe : une fois séchée, elle peut servir de combustible – bien qu’il soit moins efficace que le bois ou le charbon – elle est donc exploitée, voir même « cultivée » dans certaines régions. La surexploitation de la tourbe a conduit à la disparition de zones humides entières dans certaines régions, laissant place à des étangs. Dans la chaîne de création d’une tourbe, l’étang est l élément de base. Et il faut plusieurs milliers d’année pour qu’une tourbe prenne la place d’un étang ! Pourtant, il ne nous en faut qu’une dizaine pour retransformer une tourbe en étang par surexploitation.


Or les tourbes jouent un rôle clef dans la qualité de l’eau : elles purifient l’eau, rendant en son aval une eau potable de grande qualité. Donc, en plus de son rôle en tant qu’écosystème, la tourbe est véritablement utile à l’homme et une surexploitation de celle-ci ne peut-être que rapidement délétère.

Tourbière, Canada (Photo: Bill Maynard)

« Mais dis-nous Jeanne… C’est bien gentil les tourbes, mais pourquoi tu nous en parles ? »


Eh bien pour vous présenter une femme d’exception, scientifique et dessinatrice (encore !) du nom de Betje Polak.


Betje Polak, spécialiste des tourbes et auteure de centaines de dessins scientifiques


Portrait de Betje Polak (Photo: Wageningen University)

Betje était spécialiste des sols tourbeux, et même pionnière de la recherche sur la tourbe aux Pays-Bas et dans les tropiques. Née à Amsterdam en 1901, elle obtient son diplôme de thèse de doctorat en 1929 – oh tiens, moi aussi j’aurai 28 ans quand je recevrai mon diplôme de doctorat ! – sur l’étude de la composition botanique des sols tourbeux néerlandais (Université d’Amsterdam).