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Jeanne Villepreux-Power, une bergère qui invente l'aquarium

Dernière mise à jour : 31 juil. 2021

Une ascension sociale digne des romans de Zola


Jeunesse à la campagne, entre servante et bergère


Jeanne n'était en réalité pas tout à fait bergère : si elle gardait des vaches ou des moutons régulièrement, elle était en réalité servante dans une famille habitant près de Juillac, son village. Jeanne vient d'une famille modeste en situation assez précaire puisque son père change souvent de métier, tandis que sa mère ne travaille pas, et qu'ils élèvent tout deux quatre enfants.

Juillac, Corrèze, village de Jeanne Villepreux-Power
Gravure, moniteur de la mode, avril 1859

Arrivée à Paris et tapis rouge !


A 17 ans, Jeanne quitte sa famille, à pieds et sans un sou, en compagnie de son cousin qui menait son troupeau de vaches aux abattoirs parisiens. Cette route de 400 km fait arriver à Paris une Jeanne fatiguée, amaigrie, ayant même subit des agressions. Mais la roue tourne lorsqu'au détour d'une boutique de robes et de chapeaux, Clémence Gagelin se prend de compassion pour cette jeune fille désabusée et l'engage immédiatement comme ouvrière ! Mme Gagelin possédait en réalité une enseigne très réputée. Jeanne eu la chance d'y pratiquer l'art de la broderie sur les étoffes les plus délicates.

Et les bonnes surprises ne s'arrêtent pas là !



De Paris à la Sicile


Après quatre années d'apprentissage, Jeanne se voit offrir une expérience en or : confectionner la robe de mariage de Marie Caroline de Bourbon (images ci-dessous), princesse de Naples et de Sicile, promise à Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry. Alors forcément, voilà une excellente opportunité pour partir en Sicile ! Autant la finesse que l'élégance de son travail ont fait l'unanimité parmi les invités présents aux noces.


Après la robe, le mariage


L'un des invités s'est montré particulièrement élogieux... Il s'agissait de James Power, un riche commerçant de Sicile originaire d'Irlande. C'est à se demander si ses compliments s'adressaient réellement au travail de Jeanne plutôt qu'à ses beaux yeux, puisqu'ils se sont mariés deux ans plus tard, en Sicile.


Comment le dessin mène Jeanne à la science


Peindre son environnement et aiguiser son sens de l'observation


Le siècle de Jeanne, c'est aussi celui de Geoffroy (Saint-Hilaire, fondateur de la zoologie), Georges (Cuvier, anatomiste de renom), Giuseppe (Gioeni, naturaliste et vulcanologue) - enfin beaucoup de prénoms en G. Et à cette époque, la science était un sujet de plus en plus répandu. C'est donc sans surprise que le monde des savants ait fini par fasciner Jeanne, même si elle n'avait jamais reçu aucun enseignement dans ce domaine.

Ce que Jeanne fit en revanche, c'est parcourir la Sicile en long, en large et en travers équipée de ses pinceaux, pour peindre des paysages variés. A travers ses excursions, Jeanne s'est mise à étudier les éruptions de l'Etna ; à recenser pas moins de deux milles espèces d'oiseaux, de plantes, de mollusques, de poissons et crustacés peuplant la Sicile ; à collecter de nombreux fossiles et minéraux. Jeanne s'est aussi prise d'un intérêt particulier - long de 15 ans - pour la métamorphose des chenilles, en décrivant 200 espèces au total, dessinant chaque étape de leur développement.

Jeanne a consigné ses observations dans deux ouvrages : Guida per la Sicilia, un guide naturaliste de la Sicile rédigé en italien et à destination des voyageurs et scientifiques (1842), et Observations et expériences sur plusieurs animaux marins et terrestres, une compilation de plusieurs manuscrits et notes sur ses travaux expérimentaux, rédigée en français (1860).


Une femme érudite soutenue par son mari